Il devint blême et la lâcha aussitôt.

— Jamais je ne me suis heurté à pareille révolte, dit-il d'une voix sourde. Vous m'obligez à des actes tout à fait en dehors de mes habitudes. Vous allez vous habiller et vous me rejoindrez en bas pour m'accompagner, comme je vous l'ai dit. Alors, je pardonnerai, peut-être.

Et, sans attendre la réponse, il tourna les talons et sortit du salon.

Lise se laissa tomber sur un fauteuil. Ses nerfs, raidis sous l'effort de la résistance morale, se détendirent, et les larmes se mirent à couler, lourdes et brûlantes.

Des élancements se faisaient sentir à son poignet meurtri. Elle enleva le bracelet, non sans une plus forte douleur, car la dure pression avait enfoncé profondément les chaînons dans la peau si tendre. Elle passa dessus de l'eau fraîche et remit aussitôt la chaîne d'or. Il ne fallait pas que personne vît ces traces de brutalité du prince Ormanoff.

Le laps de temps fixé par Serge s'écoula. Lise entendit le roulement de la voiture qui s'éloignait. Il s'en allait seul à l'église.

Maintenant, qu'allait-il advenir d'elle? Comment punirait-il la révoltée? Lise le saurait bientôt, sans doute.

— Mon Dieu! Défendez-moi! je me remets entre vos mains! dit-elle en un élan de confiance éperdue.

Bien qu'elle se sentît brisée par les terribles émotions de cette matinée et par l'appréhension de l'avenir, elle descendit comme de coutume pour le déjeuner. Le prince ne parut pas s'apercevoir de sa présence; Mme de Rühlberg ne lui adressa que quelques mots, d'un air gêné, et Varvara baissa encore plus que de coutume le nez vers son assiette.

Lise passa l'après-midi dans son appartement, essayant de combattre par la prière l'angoisse qui la serrait au coeur. Au dîner, elle eut un soulagement en constatant l'absence de Serge, retenu chez le grand-duc, avec lequel il s'était rencontré l'après-midi.