Il laissa aller la tête de Lise en murmurant d'un ton impatienté:
— Laissez-moi maintenant… Allez, allez, Lise.
Elle se leva et se dirigea vers la porte. Comme elle l'ouvrait, il lui sembla entendre prononcer son nom. Elle se détourna un peu. Mais Serge était immobile, et ses yeux étaient à demi clos sous les cils blonds.
Elle sortit alors et regagna son appartement. Ce soir-là, elle eut une affreuse migraine, due sans doute à l'atmosphère saturée de parfums qui régnait chez Serge. Et dans ses rares moments de sommeil traversés de rêves pénibles, il lui sembla entendre de nouveau la voix suppliante et impérieuse qui murmurait:
— Lise!… Lise!
XII
En dépit d'une nuit de fièvre et de souffrance, le prince Ormanoff fit appeler le lendemain sa soeur près de lui, et les dix minutes que dura l'entretien furent sans doute bien utilisées par lui, car Lydie sortit de son cabinet avec un visage altéré et des yeux gros de larmes qu'elle avait eu grand'peine à retenir, mais qui se donnèrent libre cours aussitôt qu'elle fut hors de chez lui.
Comme elle rentrait dans son appartement, elle se heurta à Varvara qui glissait, en véritable ombre qu'elle était, à travers les corridors immenses, avec son air absorbé et indifférent à tout. Pourtant, cette fois, elle remarqua la physionomie bouleversée de la baronne et l'interrogea:
— Qu'avez-vous, Lydie?
Mme de Rühlberg ne demandait qu'à s'épancher. Elle raconta que Serge venait de lui faire les plus durs reproches, parce qu'elle ne s'était pas montrée suffisamment aimable pour sa femme. Et comme elle balbutiait des excuses, en disant qu'elle recommencerait à accompagner sa belle-soeur, il avait répliqué: "Vous n'aurez pas cette peine. Lise préfère à votre compagnie celle de Sacha. Mais le n'oublierai pas de quelle façon vous comprenez la déférence aux désirs que je vous exprime."