—… L'un ou l'autre, au fond, cela revient au même pour moi, reprit-elle d'une voix paisible. Seulement, ici, j'ai au moins le spectacle de la nature si belle, si sauvage et si douce à la fois, tandis qu'à Paris… rien, rien que l'ennui perpétuel, accablant! murmura-t-elle d'un ton morne.

—L'ennui!… Comment cela peut-il se faire? s'écria Antoinette avec une intense surprise. Ne pouvez-vous rien pour vous distraire?

—Non, cela ne m'est pas permis, répondit-elle brièvement.

Elle rencontra tout à coup le regard profond de Gabriel Arlys, empreint en cet instant d'une sympathique compassion, et le pli amer de sa bouche se détendit un peu.

—Je vous étonne, Monsieur? dit-elle tranquillement. Vous ne connaissez peut-être pas l'ennui?

—Si, parfois, Mademoiselle. Il y a des heures sombres, des événements décourageants, ou d'étranges lubies de notre pauvre cervelle… Mais cela passe, bien vite même, si nous savons demeurer unis à Dieu et implorer son secours.

—Dieu?… murmura pensivement Isabelle. J'en ai entendu parler, mais je ne le connais pas.

Un léger cri de stupéfaction douloureuse échappa à Antoinette, tandis que dans les yeux bruns de Gabriel la pitié se faisait plus intense et plus triste.

—Oh! ma pauvre enfant!… Je ne m'étonne plus si vous succombez sous le fardeau! dit la voix émue d'Antoinette. Ainsi, vous n'avez reçu aucune éducation chrétienne?… vous n'avez pas été baptisée?

—Je ne crois pas… je n'en sais rien… Mais cela empêcherait-il ma vie d'être triste et si longue… si longue!