La grande dame brune s'éloigna en refermant la porte d'un mouvement plein de décision… Mais une minute plus tard, cette porte se rouvrait, livrant passage à une ombre mince et grise qui se glissa dans la salle et arriva près de la travailleuse.
—Quelle folie, Isabelle!… Est-il vraiment raisonnable de repriser avec un jour pareil! dit une petite voix grêle. Cela n'a rien de pressé, voyons?
L'aiguille fut arrêtée dans son mouvement et un jeune visage se tourna vers l'arrivante. Il était impossible de rêver un teint d'une plus parfaite blancheur… non la froide blancheur du marbre, mais celle, exquisement délicate, comme transparente, des pétales de certaines roses… Mais cette figure de jeune fille, fine et charmante, était amaigrie et empreinte d'une morne tristesse.
—Je suis très pressée au contraire, tante Bernardine… maintenant surtout.
—Ah! tu fais allusion au départ pour Maison-Vieille, sans doute?
Madame Norand t'a dit?…
La jeune fille inclina affirmativement la tête… Ses mains étaient maintenant croisées sur son ouvrage et elle regardait distraitement les minuscules ruisseaux serpentant le long des vitres, et incessamment alimentés par la pluie persistante.
Son interlocutrice s'assit près d'elle… Cette petite femme maigre et légèrement contrefaite, dont le visage jauni s'encadrait de bandeaux d'un blond terne, semblait n'avoir, au premier abord, aucune ressemblance avec la jolie créature qui l'appelait sa tante. Cependant, en les voyant quelque temps l'une près de l'autre, on réussissait à trouver quelques traits identiques dans la physionomie effacée et insignifiante de la vieille demoiselle et celle, infiniment délicate, mais trop grave de la jeune fille.
—Es-tu contente, Isabelle?… Tu aimes mieux Astinac que Paris, n'est-ce pas?
Isabelle demeura un instant sans répondre, le visage tourné vers la fenêtre par laquelle le crépuscule tombant jetait une plus pénétrante mélancolie… Enfin, elle dit lentement:
—Oui, peut-être… J'aime la campagne… et puis…