Une exclamation étouffée s'échappa des lèvres d'Isabelle… Gabriel murmura d'une voix sourde:
—Monsieur Marnel, pourquoi lui avez-vous dit cela?… Je ne voulais pas profiter de son découragement, des circonstances un peu singulières dans lesquelles nous nous trouvons, pour lui apprendre que mon rêve était de devenir son soutien, son époux dévoué jusqu'à la mort…
—Eh! je l'ai bien compris, parbleu!… C'est pourquoi j'ai pris les devants, car sachez-le, Arlys, ce que je viens de révéler à Mademoiselle Isabelle sera une aide puissante dans la lutte qu'elle va soutenir contre sa grand'mère. Tôt ou tard, elle vaincra. Sylvie n'est pas mauvaise, au fond… et qui sait même si elle n'aime pas un peu sa petite-fille?
—Etrange manière d'aimer, en tout cas! s'écria Gabriel d'une voix vibrante. Mais peut-être avez-vous raison, Monsieur… Mademoiselle Isabelle, vous avez entendu M. Marnel. En quelques mots, il vous a exprimé mon plus cher désir… M'autorisez-vous à demander votre main à Madame votre grand'mère?
Il avait parlé d'une voix lente et basse, les bras croisés sur sa poitrine, son beau regard grave et doux fixé sur Isabelle qu'il distinguait à peine dans la pénombre… Elle se dressa debout, tremblante d'une indescriptible émotion, et balbutia:
—Moi!… moi! Mais c'est impossible! Que feriez-vous de moi?
—Une femme chrétienne, dans le sens le plus admirable de ce mot, dit doucement Gabriel. Dès le jour où je vous ai vue à la Verderaye, j'ai pressenti les magnifiques qualités mises en germe par Dieu en votre âme, je les ai vues ensuite éclore rapidement au contact de mes pieuses et bonnes cousines… Je crois que vous serez une épouse intelligente et ardemment dévouée, une mère admirable, ferme et tendre… que vous serez pour les pauvres une protectrice, pour votre mari un conseil dans ses travaux austères, pour tous une joie et une consolation. Voilà ce que je ferai de vous, avec l'aide toute-puissante de Dieu… Peut-être suis-je égoïste et présomptueux en osant demander un pareil trésor… mais je n'ai jamais trouvé sur ma route celle qui répondait à mon idéal… jamais, jusqu'au jour où je vous ai rencontrée ici… Mais si vous me trouvez téméraire, Mademoiselle, dites-le-moi, et vous me connaissez assez pour savoir qu'il ne sera plus question de ce sujet.
Elle était demeurée immobile, les yeux un peu baissés, ses petites mains croisées sur son manteau brun. Aux derniers mots de Gabriel, elle leva vers lui son visage rayonnant de bonheur.
—Si ma grand'mère l'autorise, je serai votre femme… Sinon, je serai votre fiancée, toujours.
Il s'inclina et baisa la main qui lui était tendue. Aucun discours ne pouvait égaler pour lui l'accent de cette jeune voix, toute vibrante d'une émotion puissante, le regard limpide de ces grands yeux que les lueurs mourantes du jour lui avaient laissé entrevoir.