—Lui imposer ce rustre, alors que tant de nobles et brillants partis pourraient lui être offerts! murmura Gabriel.

Elle tourna vers lui un regard empreint d'une sincère surprise.

—A quoi pensez-vous, Monsieur Arlys?… Un brillant mariage, à moi! Outre que je m'en soucie peu, il est fort improbable que l'on songe jamais à la pauvre créature que je suis, ignorante et sans esprit, inapte à tout ce qui plaît au monde…

—Ignorante et sans esprit! répéta Gabriel sans pouvoir retenir un sourire. Qu'en dites-vous, Monsieur Marnel?

L'écrivain eut un joyeux éclat de rire.

—Oui, Arlys, Mademoiselle d'Effranges est ignorante… mais seulement d'elle-même. Sachez, Mademoiselle, que la moitié des jeunes filles que nous rencontrons dans le monde ne possèdent que des parcelles de savoir dans leur pauvre cervelle et ne sont capables que de jacasser sans trêve sur leurs frivoles occupations… Tandis que vous!…

—Vous êtes tous deux trop indulgents, mais tous ne sont pas ainsi, dit-elle d'une voix un peu tremblante. Il est certain qu'un homme sérieux, savant, épris d'idéal, se souciera peu d'unir sa vie à une femme qu'il devra instruire et former sur tout, à une faible créature ne lui apportant qu'un coeur bien pauvre, un caractère trop accoutumé à la tristesse et par là même bien peu attrayant…

—Mademoiselle Isabelle, ne parlez pas ainsi!… s'écria Gabriel.

Il s'interrompit brusquement. Si l'ombre n'avait pas envahi la chapelle, Isabelle l'eût vu frémir et serrer les lèvres pour retenir les mots qui allaient en jaillir… Mais M. Marnel s'avança et posa sa large main sur l'épaule du jeune avocat.

—Oui, vous avez raison de protester, Arlys, dit-il gravement. Mademoiselle Isabelle ne se connaît pas… et elle ne vous connaît pas, car sans cela, Mademoiselle, vous auriez compris, clair comme le jour, et comme je l'ai compris moi-même cette après-midi en vous voyant l'un près de l'autre… que vous étiez l'épouse rêvée par Gabriel Arlys.