Pensive, elle laissait son regard errer sur le petit étang moiré par le soleil de grandes plaques étincelantes. Nul bruit, dans cette partie reculée du parc, que des gazouillis d'oiseaux ou le plongeon d'une grenouille.
Si, cependant, voici qu'un galop de cheval se faisait entendre… Un cavalier apparut hors des futaies qui entouraient l'étang. Avant que Myrtô eût pu seulement faire un mouvement le cheval s'enlevait d'un bond superbe au-dessus de l'étang et des arbres renversés et retombait, les jambes raidies et frémissantes, à quelques pas de la jeune fille.
Elle se dressa debout avec un cri d'effroi. Le cavalier eut une exclamation, et, sautant légèrement à terre, s'avança vivement vers elle.
—Myrtô, je vous ai fait peur?… Je ne vous avais pas vue, vous étiez cachée par ces arbres…
Il se penchait en attachant sur elle son regard inquiet.
—C'est tellement effrayant ce que vous faites là! dit-elle en essayant de comprimer le tremblement de sa voix. On croirait vraiment que… que vous cherchez un accident, acheva-t-elle dans un murmure.
Il lui saisit la main.
—Myrtô, qu'avez-vous pensé là?… Oh! non, non! J'ai toujours aimé et pratiqué ce genre d'exercices, en vrai Magyar que je suis. Maintenant, j'essaye de tromper ainsi les regrets qui me torturent, je me grise d'air et de vitesse… Mais je suis désolé de vous avoir effrayée!
—Oh! vous le voyez, c'est passé! dit-elle avec un léger sourire.
Elle étendit la main et caressa les naseaux de l'alezan qui avançait sa belle tête fine.