—Abdul vous demande pardon, comme son maître, Myrtô… Mais dites-moi donc comment vous vous trouvez, maintenant? J'ai bien eu de vos nouvelles régulières par le docteur, mais je ne suis pas fâché de juger par moi-même… Vous me direz que j'aurais pu le faire plus tôt? Je dois vous avouer que j'ai été en proie à une forte crise de misanthropie.
Il passa la main sur son front où se creusaient des plis profonds.
Myrtô murmura avec émotion:
—Il ne fallait pas y céder… il fallait venir près de votre mère, de vos soeurs…
—Oui, je l'aurais dû… Mais j'ai parfois de si terribles moments que mon énergie morale s'en trouve considérablement ébranlée. Cependant, j'avais l'intention de me rendre un de ces jours chez ma mère, à l'heure du thé.
—Aujourd'hui? dit timidement Myrtô.
Il eut une sorte de vague sourire, qu'elle lui avait vu parfois vis-à-vis de Karoly.
—Aujourd'hui, soit… Mais êtes-vous donc comme moi, Myrtô, aimez-vous les promenades solitaires? Comment ne vous trouvez-vous pas avec mes soeurs?
—J'ai été voir une pauvre famille, à l'entré du village de Selzi.
—Et Terka ou Irène ne vous accompagnent jamais dans ces visites charitables, naturellement? dit-il avec ironie.