—Mais elles ont leurs pauvres à qui elles distribuent des aumônes chaque semaine! protesta vivement Myrtô.
Une lueur sarcastique passa dans le regard du prince.
—Oui, quelques pauvres choisis, de ceux dont la misère n'offense pas trop les regards… Oh! je connais la charité mondaine! Je l'ai vue de près, j'ai pu l'étudier… L'autre, la vraie, ce doit être la vôtre… Vous êtes certainement très aimée des malheureux, Myrtô?
—Mais je pense qu'ils ne me détestent pas, répondit-elle avec un sourire. Quant à moi, je les ai en grande affection, et mon seul regret est de ne pouvoir soulager toutes leurs misères, si affreuses parfois.
—Oui, vous êtes pour eux un rayon de lumière… pour tous les malheureux, murmura-t-il d'un ton indéfinissable.
Il se détourna légèrement, jeta un coup d'oeil sur le soleil qui s'abaissait à l'horizon et demanda:
—Retournez-vous maintenant au château, Myrtô?
—Oui, il est grand temps, je crois.
—Voulez-vous accepter ma compagnie et celle d'Abdul?
—Volontiers… d'autant plus que j'ai à vous parler.