—Quoi donc? dit-il vivement.
—Il s'agit de Miklos. Depuis que vous l'avez renvoyé, l'enfant est maltraité chez lui, je l'ai encore trouvé tout en larmes tout à l'heure… S'il y avait une petite place pour lui ici, ne voudriez-vous pas la lui donner?
—Quand il n'y en a pas, on en crée, Myrtô. Oui, je penserai à votre protégé, je vous le promets.
—Je vous remercie! dit-elle d'un ton joyeux. Vous êtes très bon, mon cousin.
—Moi? dit-il d'un ton amer. Près d'un coeur élevé et véritablement chrétien, j'aurais pu le devenir. Mais je me suis heurté à la perversité, à la vanité misérable, et je me suis fait un rempart inaccessible à la pitié.
—Mais vous voyez que non, puisque vous voulez bien vous occuper de
Miklos! dit-elle d'un ton de protestation émue.
Il murmura avec une sorte de ferveur:
—C'est vous qui êtes bonne… si bonne que les plus impitoyables sont vaincus par votre charité… Myrtô, soyez bénie pour le bien que vous m'avez fait et… priez pour moi.
Il se détourna brusquement et s'éloigna d'un pas rapide, laissant Myrtô toute saisie.
Elle ne le revit pas avant le départ. Ce même soir, il avait été faire ses adieux à sa mère et à ses soeurs dans l'appartement de la comtesse, et il ne parut pas le lendemain matin lorsque les voyageurs quittèrent Voraczy.