—Oh! bien peu, malheureusement! Là-bas, je ne puis les faire seule, Thylda est bien jeune aussi, et d'ailleurs très occupée. Fraulein Rosa m'accompagne parfois, lorsqu'elle a un peu de temps libre… Nous nous entendons très bien, ajouta-t-elle avec un sourire à l'adresse de l'institutrice.
—Qui donc ne s'entendrait avec vous, Fraulein Myrtô! répliqua la
Bavaroise avec une vivacité peu coutumière à sa tranquille nature.
—Bien parlé, Fraulein! dit le prince Milcza avec un léger sourire. Allons, ne rougissez pas, Myrtô, nous n'allons pas chanter vos louanges devant vous. Donnez-moi des nouvelles de ma mère et de mes soeurs… et des vôtres, naturellement. Je ne vous trouve pas une mine bien brillante… N'est-il pas vrai, Fraulein?
—Oh! je me porte très bien! protesta Myrtô. Mais le séjour en ville pâlit toujours un peu.
—C'est évident… mais je crains que vous ne travailliez trop.
Racontez-moi ce que vous faites, parlez-moi de vos occupations…
Un intérêt profond se lisait dans son regard, dans l'accent de sa voix qui s'adoucissait en s'adressant à sa cousine. Non, ce n'étaient pas chez lui banales phrases de courtoisie. Myrtô sentait qu'il désirait réellement savoir quelle avait été sa vie depuis ces deux mois.
Et elle constatait aussi, avec une joie très douce, qu'il n'était plus tout à fait le même. Certes son beau visage pâli portait toujours les traces des souffrances morales endurées, ses lèvres retrouvaient, par instant, leur habituel pli d'amertume, mais on ne pouvait nier qu'il n'y eût en lui une détente, quelque chose que Myrtô ne savait expliquer, et qui ressemblait peut-être à l'allégresse contenue d'un captif dont les liens sont tombés, et qui n'ose croire tout à fait encore à son bonheur.
Très simplement, elle lui narrait son existence à Vienne, existence bien simple, presque sévère. Chez cette jeune créature si belle, il n'existait pas un regret pour la vie mondaine dont les échos arrivaient jusqu'à elle.
—Réellement, Myrtô, vous n'enviez pas mes soeurs? demanda le prince Milcza en se penchant un peu vers elle comme pour mieux scruter sa physionomie.
Elle posa sur lui ses grands yeux graves, rayonnants de sincérité: