—Oui, c'est fini, fini! dit Myrtô.
Elle s'était assise en face de la comtesse, et le jour un peu terne éclairait d'une lueur grise son délicieux visage fatigué et pâli, sur lequel les larmes glissaient, chaudes et pressées.
La comtesse parut touchée, son regard mobile s'embua un peu… Elle se pencha et prit la main de la jeune fille.
—Voyons, mon enfant, ne vous désolez pas. En souvenir d'Hedwige, je suis prête à vous aider, à vous accorder cette protection que ma pauvre cousine me demandait pour vous… Racontez-moi un peu votre vie, parlez-moi d'elle et de vous.
On ne pouvait nier qu'elle ne se montrât bienveillante, bien qu'avec une nuance de condescendance qui n'échappa pas à Myrtô. Cependant, la jeune fille avait craint de se heurter à la morgue de cette parente inconnue, et elle éprouvait un soulagement en constatant en elle une certaine dose d'amabilité et même de sympathie.
Elle fit donc brièvement le récit de leur existence depuis la mort de M. Elyanni. Parfois, la comtesse lui adressait une question. Entre autres choses, elle s'informa de l'état des finances de l'orpheline. Myrtô lui apprit qu'il ne lui restait rien, sauf un mince capital représentant une rente de quatre cents francs.
—Oui, vous me disiez cela dans votre lettre, mais je pensais que vous possédiez peut-être quelques autres petites ressources. Hedwige avait de fort beaux bijoux, des diamants pour une somme considérable…
—Tout a été vendu au moment de la maladie de mon père, sauf une croix en opales à laquelle ma mère tenait beaucoup.
—Oui, c'est un bijou de famille qui venait d'une aïeule. Ainsi donc, vous ne possédez rien, mon enfant?… Et vous n'avez aucune parenté du côté paternel?
—Aucune, Madame. La famille de mon père était déjà complètement éteinte à l'époque de son mariage.