Une dame de petite taille, en deuil léger et d'une discrète élégance, se tenait debout au milieu de la salle à manger. Sous la voilette, Myrtô vit un fin visage un peu flétri, des yeux qui lui rappelèrent ceux de sa mère, et qui exprimaient une sorte de surprise admirative en se posant sur la jeune fille…

L'inconnue s'avança vers Myrtô en disant en français, avec un léger accent étranger:

—J'arrive donc trop tard? Ma pauvre Hedwige?…

—Oui, c'est fini, dit Myrtô.

Et, pour la première fois, depuis deux jours, les larmes jaillirent enfin des yeux de la jeune fille.

—M a pauvre enfant! dit l'étrangère en lui prenant la main et en la regardant avec compassion. Et dire que j'étais à Paris, que j'aurais pu accourir aussitôt près d'Hedwige! Mais votre lettre m'a été renvoyée de Vienne, je l'ai reçue ce matin seulement.

—Quoi, vous étiez à Paris! dit Myrtô d'un ton de regret. Oh! si nous avions pu nous en douter! Mais asseyez-vous, Madame!… Et permettez-moi de vous remercier dès maintenant d'être accourue si vite à l'appel de ma pauvre mère.

—C'était chose toute naturelle, dit la comtesse en prenant place sur le fauteuil que lui avançait Myrtô. Hedwige et moi, bien que cousines assez éloignées, avons été élevées dans une grande intimité. J'en ai toujours conservé le souvenir, malgré… enfin, malgré ce mariage qui avait mécontenté notre parenté.

Le front de Myrtô se rembrunit un peu, tandis que la comtesse continuait d'un ton calme, où passait un peu d'émotion:

—Je n'ai donc pas hésité à venir, espérant bien la trouver encore en vie… Mais la concierge m'a appris que… tout était fini.