Myrtô se réfugia dans sa chambre, une petite pièce meublée avec une extrême simplicité. Elle enleva son chapeau, son châle, et s'assit sur un siège bas, près de la fenêtre.
Tout à l'heure, en se voyant seule derrière le char funèbre, elle avait eu, pour la première fois, la conscience nette du douloureux isolement qui était le sien… Et voici que cette impression lui revenait, plus vive, dans ce logis où elle avait, pendant des années, prodigué son dévouement à la mère dont elle était l'unique affection.
Lorsque le pénible événement s'était trouvé accompli, elle avait aussitôt télégraphié à son tuteur. Celui-ci, vieil artiste célibataire, vivait retiré sur la côte de Provence. Il avait répondu par des condoléances, mettant en avant ses rhumatismes qui lui interdisaient tout déplacement. D'offres de service à sa pupille, pas un mot.
La comtesse Zolanyi n'avait pas répondu. Peut-être ne se trouvait-elle pas à Vienne… Et d'ailleurs, Myrtô comptait si peu sur cette grande dame qui ne souciait sans doute aucunement d'une jeune cousine inconnue et très pauvre! Lorsqu'elle aurait dominé ce premier anéantissement qui la terrassait, elle envisagerait nettement la situation et chercherait, avec l'aide de dames Millon, un moyen de se tirer d'affaire.
Mais aujourd'hui, non, elle ne pouvait pas! Elle se sentait faible comme un enfant…
Un coup de sonnette retentit. La femme de ménage alla ouvrir, Myrtô entendit un bruit de voix… Puis on frappa à la porte de sa chambre…
—Mademoiselle, c'est une dame qui demande à vous parler.
Une envie folle lui vint de répondre:
—Pas aujourd'hui!… Oh! pas aujourd'hui!
Mais elle se domina, et, se levant, elle entra dans la pièce voisine.