—Oui, tout est changé maintenant, dit Katalia d'un ton de vif contentement. Les serres aussi ont retrouvé leurs fleurs… Je comprends l'étonnement de Votre Grâce, car nous aussi avons failli tomber de notre haut quand Son Excellence, avant son départ, a donné ses instructions à ce sujet… Et maintenant la tombe du petit prince est toujours couverte de fleurs… les pareilles à celles-ci, ajouta-t-elle en désignant les muguets et les roses. Il faut penser que ce sont les préférées de Son Excellence, car il a télégraphié exprès la semaine dernière pour donner l'ordre d'en mettre partout.
…Le lendemain, après la messe, Myrtô entra dans la sacristie où l'aumônier venait d'enlever ses vêtements sacerdotaux.
—Ah! voilà ma petite brebis! dit-il avec satisfaction. Eh bien! comment allons-nous, mon enfant? comment s'est passé cet hiver? Etes-vous contente de revoir Voraczy?
Myrtô répondit aux questions du vieux prêtre, puis, s'excusant de le déranger, elle lui demanda la clef de la crypte dont l'aumônier gardait un double, l'autre étant toujours entre les mains du prince Milcza.
—Après Dieu, j'ai désiré que ma première visite à Voraczy soit pour le cher petit Karoly, mon Père.
—C'est une pensée digne de votre coeur, ma chère enfant. Voici cette clef… Combien de fois notre pauvre prince y est-il descendu, cet hiver! Il faut pense que des âmes angéliques intercédaient pour lui, dans cette nuit où se débattait son coeur… Mais maintenant vous trouverez des fleurs sur la tombe de Karoly, mademoiselle Myrtô.
—Oui, je le sais… Il est donc bien changé, mon Père?
Un imperceptible sourire entr'ouvrit les lèvres du vieillard.
—Je ne l'ai pas vu depuis le mois de janvier… Mais enfin, tout donne à penser qu'il y a, en effet, une grande transformation en lui.
En revenant de sa visite à la crypte funéraire des Milcza, Myrtô trouva sur son bureau une lettre que Thylda avait apportée pendant son absence. A première vue, elle reconnut la large écriture de Madame Millon. L'excellente dame et sa fille lui avaient écrit plusieurs fois, et elle avait pu se convaincre quelle n'était pas oubliée de ses voisines.