Myrtô put constater aussitôt, comme le lui avait dit la comtesse Gisèle, le changement du prince vis-à-vis de sa famille. Pour Irène seule, il conservait quelque chose de sa hautaine froideur d'autrefois. Non qu'il fût affectueux, les rapports cérémonieux ayant existé jusqu'ici enter lui et le siens n'ayant pas été propices à l'éclosion de ce sentiment, mais il ne montrait plus la glaciale indifférence de jadis, il leur témoignait même un intérêt aimable… Renat, surtout, fut de sa part l'objet d'une attention particulière. Appelant près de lui le petit garçon, il dit en posant sa main sur son épaule:
—Je m'occuperai maintenant de toi, Renat. Je veux que tu deviennes un homme sérieux, digne du nom que tu portes.
Renat baissa le nez d'un air craintif, et la comtesse Gisèle, dont la physionomie exprimait une sorte d'effroi, balbutia:
—Mais, Arpad, je crains… Ce sera un grand ennui pour vous… Et vraiment je crois qu'à l'âge de Renat je puis encore…
Le prince eut un sourire teinté d'ironie.
—Rassurez votre tendresse maternelle, ma mère. Je ne renouvellerai pas pour Renat les corrections d'autrefois… à moins qu'il ne m'y oblige dans des cas graves. Autrement, je suis tout disposé à la traiter avec douceur et à m'attirer son affection… As-tu vraiment peur de moi, Renat? ajouta-t-il en remarquant la mine craintive du petit garçon.
—Oui… un peu, balbutia Renat.
—Quel petit sot tu fais! dit le prince avec une tape amicale sur la joue de son frère. Je suis sûr, au contraire, que nous nous entendrons très bien… Qu'en pensez-vous, Myrtô?
—Mais je crois aussi, répondit la jeune fille avec un sourire encourageant à l'adresse de Renat.
La comtesse Gisèle ne paraissait aucunement persuadée, mais elle n'osa protester. Cependant, comme le maître d'hôtel venait d'annoncer le dîner, elle murmura, tout en posant sa main sur le bras que lui présentait son fils aîné: