Mais la physionomie assombrie du jeune magnat se détendit aussitôt devant ce regard lumineux. Il dit, en serrant la petite main de sa cousine qu'il tenait toujours entre les siennes:

—Vous me faites du bien, Myrtô! Dans mes heures de découragement, de noire tristesse, je pensais à ma petite cousine si vaillante, si doucement gaie malgré les douloureuses épreuves qui ont assombri sa jeunesse. Dieu vous a accordé un grand don. Il a fait de vous une de ces fées bienfaisantes qui répandent autour d'elles la lumière—la douce et rayonnante lumière de leur âme pure. Les pauvres coeurs souffrants en sont tout éclairés… Et c'est pourquoi tous les malheureux vous aiment tant, Myrtô.

Elle murmura en rougissant:

—Vous dites des folies, Arpad!

Il eut un sourire ému en répliquant:

—Soit, admettons! Maintenant, il faut que j'accomplisse les commissions dont je suis chargé. Les dames Millon vous ont peut-être écrit que j'avais été les voir?

—Oui… Oh! combien vous avez été bon, Arpad! dit-elle avec un regard rayonnant de reconnaissance. Mes chers parents!… vous avez pensé à leur tombe!

—Mais c'était, il me semble, la moindre des choses!… Et j'ai eu grand plaisir à connaître cette demeure où vous avez vécu tant d'années, ces excellentes personnes qui vous ont été dévouées… qui le sont toujours, du reste. Elles ont une admiration enthousiaste pour Mademoiselle Myrtô, et je suis chargé de mille souvenirs affectueux. Le petit Jean m'a dit qu'il viendrait vous voir. C'est un gentil enfant, un peu fluet, un peu pâlot… Il m'a fait penser à mon pauvre chéri qui aurait presque son âge cette année.

De nouveau, l'ombre douloureuse voilait les prunelles du prince Milcza.

Avec une délicate adresse, Myrtô sut éloigner la pensée pénible qui ouvrait la blessure à peine fermée. Quand la comtesse et ses filles entrèrent, elles trouvèrent le prince Arpad appuyé à la cheminée, écoutant avec un intérêt amusé le récit que Myrtô, assise en face de lui, faisait des enthousiasmes "démocratiques" du gendre de Madame Millon.