—…Mais je vous laisse prononcer votre défense, ma petite cousine, je me suis refusé à vous condamner avant de vous entendre.
Il souriait doucement en la regardant… Et elle retrouvait dans ce regard, mais plus intense encore, le rayonnement qui l'avait frappée dans le portrait de l'hôtel Milcza.
Dominant l'émotion profonde qui l'étreignait, elle raconta alors le fait qui avait motivé son retard.
—Je me doutais qu'il devait exister un motif de ce genre, petite sainte Elisabeth. Dès lors, je n'ose plus me plaindre de ma déception de tout à l'heure.
—Mais vous, Arpad?… votre épaule?
—Elle va maintenant aussi bien que possible. J'en ai extrêmement souffert ces jours derniers, c'est pourquoi j'ai dû remettre de quarante-huit heures mon retour… Voyons, venez un peu en pleine lumière, Myrtô, que je voie si votre mine est meilleure qu'à Noël… Mais oui, je crois que ce séjour à Naples a été bon pour vous… à moins que ce ne soit déjà l'air de Voraczy qui ait produit son effet?
—Peut-être, dit-elle en souriant. J'ai éprouvé tant de contentement en m'y retrouvant!
—Moi aussi, Myrtô. J'avais hâte de quitter Paris, de revenir dans cette demeure… malgré les souvenirs poignants que j'y retrouve.
Sa voix s'altéra un peu, et une lueur douloureuse traversa son regard.
Les grands yeux de Myrtô exprimaient aussi une émotion profonde à cette évocation du passé si proche encore, à la vue de cette douleur paternelle, adoucie et résignée maintenant, qui existait bien toujours dans le coeur du prince Milcza.