Elle leva les yeux et le vit en proie à une émotion difficilement contenue.
—…Je devais vous parler demain, après avoir connu votre réponse à ces demandes. Mais puisque je sais dès maintenant, je puis vous dire qu'un autre sollicite le bonheur de devenir votre époux… un autre qui vous aime—il ose l'assurer—plus que quiconque au monde. Vous avez été pour lui le rayon de lumière, la discrète consolatrice, mais il voulait plus que votre compassion, il s'est efforcé de redevenir jeune pour ne pas offrir à vos dix-huit ans un fiancé vieilli moralement et physiquement. Voilà pourquoi il s'est imposé cet exil de plusieurs mois loin de vous afin de vous montrer un prince Milcza transformé… Et si j'ai attendu si longtemps avant de vous parler ainsi, Myrtô, si j'ai enduré les plus douloureuses angoisses en laissant d'autres solliciter avant moi votre main, c'est que je voulais vous permettre de comparer, de choisir à votre gré, c'est que je ne voulais pas m'imposer à votre inexpérience de la vie, à votre coeur si admirablement charitable, et capable, par compassion pour une âme souffrante, d'accomplir un sacrifice…
Les yeux baissés, ses longs cils frôlant sa joue devenue toute rose, elle écoutait, se demandant si elle rêvait, si c'était bien sa voix chaude et vibrante qui prononçait ces paroles dont chacune faisait tressaillir son coeur…
—Maintenant, Myrtô, dites-moi si vous voulez devenir ma femme?… dites-le-moi en toute indépendance… je ne veux pas de pitié, pas de sacrifice, comprenez-moi bien?
—Arpad?
D'autres paroles n'auraient pu sortir de sa gorge serrée par l'émotion immense, le bonheur inexprimable qui l'envahissait soudain, mais ses grands yeux levés vers le prince lui révélaient, mieux que les mots n'eussent pu le faire, combien le coeur de Myrtô lui appartenait sans réserve.
—Merci, Myrtô, ma Myrtô.
Il posa longuement ses lèvres sur les mains de la jeune fille, et ils demeurèrent quelques instants silencieux, trop radieusement émus pour prononcer une parole.
—Myrtô, ma lumière!
Il avait le même accent fervent que Mme Elyanni lorsqu'elle avait appelé ainsi sa fille, la veille de sa mort… Et, comme alors aussi, Myrtô protesta: