—Oui, il faut retourner là-bas, dit-il d'un ton de regret. Aussitôt que ma mère sera seule, nous irons lui annoncer nos fiançailles… Et ce soir, nous les rendrons officielles dans tout Voraczy.

Ils descendirent les degrés et prirent lentement le chemin du château, Myrtô appuyée au bras de son fiancé… Le prince Arpad, de cette voix chaude et caressante qu'il avait autrefois pour son fils, rappelait les souvenirs des mois précédents, disait ses espoirs et ses craintes… S'interrompant tout à, coup, il demanda:

—Mais maintenant, Myrtô, ne pouvez-vous apprendre à votre fiancé pourquoi vous pleuriez tout à l'heure?

Elle rougit, hésita un instant et répondit enfin d'une voix un peu tremblante:

—On venait de me dire… on croyait que Mme de Soliers…

Elle s'interrompit, embarrassée… Le prince s'arrêta brusquement…

—Mme de Soliers?… Voulez-vous dire que quelqu'un ait eu la sottise de supposer que j'aie songé à elle?

—Oui, c'est cela…

Un léger éclat de rire s'échappa des lèvres du prince. Il saisit les mains de Myrtô en s'écriant avec une douce ironie:

—O ma chère petite aveugle, comment avez-vous pu croire une minute?… Voyons, quelque chose, dans ma conduite, vous a-t-il donné un seul instant à penser que j'aie eu pareille idée?