—Ne vous inquiétez pas de cela, ma petite sainte. Les blessures faites à l'orgueil sont salutaires, et ce sont celles-là que je destine à l'âme jalouse qui vous a causé cette souffrance… Laissons cela, Myrtô, ajouta-t-il en voyant le geste de protestation de la jeune fille. S'il est une chose que je puisse difficilement pardonner, c'est la perfidie et le manque de coeur… envers vous surtout, si admirablement bonne pour tous.
Ils atteignaient en ce moment les jardins. Au passage, le prince Milcza cueillit deux roses blanches et en glissa une à la ceinture de Myrtô, tandis que sa fiancée attachait l'autre à sa boutonnière.
—Je porte vos couleurs, ma fée aux fleurs, dit-il gaiement en baisant les petits doigts qui venaient de le décorer.
Comme ils contournaient une des serres, ils aperçurent de loin Renat qui gambadait avec Hadj et Lula, tandis que Mitzi marchait tranquillement, un livre à la main. Les chiens s'élancèrent et se mirent à sauter autour du prince et de Myrtô.
Renat, cessant ses évolutions, s'avança à la suite de Mitzi. Bien que la fermeté dont son frère usait à son égard ne rappelât pas la dure sévérité d'autrefois, il le redoutait encore beaucoup et ne se trouvait rassuré qu'en présence de Myrtô, car il n'avait pas été le dernier à remarquer l'influence de sa cousine sur tous les actes du prince Milcza.
Quant à Mitzi, elle était devenue la préférée de son frère aîné, comme elle était déjà celle de Myrtô. Sa petite nature tendre et fine s'attachait fortement ceux qui prenaient la peine de l'observer sous son apparence un peu froide.
—Toujours à étudier, Mitzi? dit le prince Arpad en caressant les cheveux blonds de sa jeune soeur. Ce n'est pas le moment, il faut profiter de la récréation, courir et te démener comme ce bon diable…
Et son regard souriant se posait sur Renat qui s'était emparé de la main de Myrtô et y appuyait ses lèvres.
—…Tu aimes beaucoup ta cousine, Renat?
—Oui, oh! oui! dit l'enfant avec chaleur…