Et il exécuta une magnifique cabriole, tandis que Mitzi, appuyant câlinement sa joue contre la main de son frère aîné, disait d'un ton joyeux:
—Oh! quel bonheur, Arpad! Je l'aime tant, notre Myrtô!
—Notre Myrtô! répéta le prince avec une douce ferveur.
Ils revinrent tous quatre vers le château… Et Irène, penchée sur la balustrade de la terrasse, pâlit en les apercevant.
—Je lui ai raconté qu'il y aurait ce soir une fiancée à Voraczy…
Aurais-je, par hasard, dit vrai? murmura-t-elle entre ses dents serrées.
CHAPITRE XVI
La réception magnifique donnée par le prince Milcza en l'honneur de l'archiduc François Charles, fut l'occasion d'une présentation solennelle de la nouvelle fiancée à toute la noblesse accourue à l'invitation du jeune magnat. Myrtô, d'une beauté saisissante dans sa vaporeuse et très simple toilette blanche, obtint un triomphal succès, capable de griser tout autre que cette petite tête sensée et sérieuse. L'Archiduc et tous les invités, émerveillés de cette grâce ravissante unie à la plus charmante modestie, félicitèrent chaleureusement le prince Arpad dont le regard exprimait un bonheur contenu mais profond.
Après cette fête pour laquelle le prince avait déployé toutes les splendeurs d'autrefois, Voraczy retomba dans le calme et l'intimité. Les fiancés, accompagnés de la comtesse Gisèle, de Terka et de Mitzi, firent seulement un court séjour à Paris, pour choisir le trousseau et la corbeille de la future princesse, et aussi pour assister au baptême de la petite fille d'Albertine. Mme Millon avait écrit à Myrtô pour lui demander d'être la marraine, en laissant entendre qu'elle ne savait trop qui choisir comme parrain, leur parenté étant fort réduite. Le prince Arpad avait dit aussitôt: "Ce sera moi, s'ils le veulent bien."
Personne n'avait dit non… pas même Pierre Roland, qui eût dû tressaillir jusqu'au fond de son âme de fougueux démocrate à cette pensée de donner un prince pour parrain à sa fille. Il se montra même le plus enthousiaste, le plus orgueilleusement joyeux…
C'est que le prince Milcza était, lui, le plus magnifique des parrains. Outre un superbe cadeau à la mère, il constituait à l'enfant un joli petit capital dont les revenus devaient servir à son éducation… Et ma foi, n'est-ce pas, démocrate ou non, l'intérêt avant tout?