Quant à la marraine, elle reçut, à cette occasion, la plus merveilleuse petite couronne qui ait jamais paré un front de princesse.

—Pour votre présentation à la cour, Myrtô, dit son fiancé en la lui offrant.

Il lui donnait relativement peu de cadeaux, en dehors de ceux nécessités par son rang, car il connaissait les goûts de sa Myrtô. Mais il avait mille attentions délicates qui la ravissaient plus que ne l'eussent fait toutes les merveilles du monde. C'est ainsi qu'ayant appris que les meubles de Mme Elyanni se trouvaient toujours en dépôt chez une voisine des Millon, il les avait fait transporter secrètement dans une chambre de son hôtel, et y avait ensuite conduit Myrtô, émue et touchée au point que les larmes avaient jailli de ses yeux en présence des chers souvenirs, et aussi à cette constatation nouvelle de la délicate affection dont elle était l'objet.

Les fiancés se retrouvèrent avec joie à Voraczy, qui leur était cher à tous deux. Quelques jours après son arrivée, le prince Milcza demanda un entretien à sa mère, et lui apprit ce qu'il comptait faire à l'égard de ses soeurs et de son frère. A Renat il donnerait à sa majorité le domaine des comtes Zolanyi, racheté par lui après la mort du second mari de la comtesse. Terka et Mitzi se voyaient constituer des dots superbes…

—Quant à Irène, ajouta le prince, je me réserve de lui apprendre moi-même ce que je compte faire à son égard. Vous voudrez bien, ma mère, lui dire de venir me parler demain matin.

La jeune fille passa la fin de la journée et toute la nuit dans de véritables transes. Ce n'était évidemment pas un traitement de faveur que lui réservait son frère. Depuis ses fiançailles, il avait adopté à son égard une attitude d'indifférence absolue. Jamais il ne lui adressait la parole, et, tandis qu'il avait comblé de cadeaux Terka et Mitzi pendant leur séjour à Paris, il n'avait rien rapporté à Irène, demeurée pendant ce temps au château de Sezly, chez sa marraine, la comtesse Sarolta Gisza, alors que Renat lui-même avait vu arriver à son adresse une gentille petite voiture et un poney qui avaient réalisé son rêve le plus cher.

Il semblait vouloir l'ignorer absolument… Et l'amertume s'amassait dans l'âme d'Irène, non contre lui, mais contre Myrtô, amertume d'autant plus intense qu'elle n'osait plus la faire sentir à sa cousine.

Ce fut donc l'âme remplie d'une sourde angoisse qu'elle entra, le lendemain, dans le cabinet de travail de son frère. Le prince, occupé à écrire, lui désigna un siège en disant froidement:

—Asseyez-vous, Irène, je suis à vous dans cinq minutes.

Cinq minutes!… C'étaient cinq siècles pour l'anxiété grandissante dans le coeur d'Irène, à la vue de la physionomie glacée de son frère.