Sur son bureau, il y avait une grande photographie représentant Myrtô vêtue de blanc et couverte de fleurs, comme le jour où le prince Milcza l'avait aperçue près du petit bois… Et cette vue fit monter au cerveau d'Irène une bouffée de colère jalouse.

Le prince posa enfin sa plume et se renversa légèrement dans son fauteuil pour fixer sur sa soeur ce regard qui gardait pour elle la dureté d'autrefois.

—Ma mère vous a appris, n'est-ce pas, ce que je comptais faire pour faciliter l'avenir de Terka, de Mitzi et Renat?

Elle répondit affirmativement d'une voix étouffée par l'émotion qui la serrait à la gorge.

—Il y a quelques mois, j'avais pour vous des intentions semblables, malgré l'impression peu favorable produite sur moi par votre malveillance à l'égard de celle à qui nous devons tant, et qui s'est montrée, malgré tout, si patiente et si bonne à votre endroit. Mais il s'est passé depuis un fait me montrant qu'il ne s'agissait pas seulement d'une jalousie, d'une antipathie passagère. Lorsqu'une femme froidement, délibérément, inflige une blessure profonde à une autre femme qui ne lui a jamais fait que du bien, lorsqu'elle ne craint pas, dans sa rage jalouse, de lui faire croire ce qu'elle sait n'avoir jamais existé, pour avoir l'atroce plaisir de la faire souffrir, je n'ai qu'un mot pour qualifier un tel acte: je l'appelle une lâcheté perfide… Et j'avais jugé que celle qui s'en était rendue coupable n'était plus digne d'être traitée comme ma soeur.

Pâle et tremblante Irène baissait les yeux. Il lui semblait soudain que tout s'écroulait autour d'elle…

—…Cependant, sur l'instante demande de Myrtô dont la charité ne connaît pas de limites, j'ai consenti à revenir sur ma décision. Vous aurez donc la même dot que Terka et Mitzi… Mais j'ai tenu à vous faire savoir que vous la deviez à Myrtô… à Myrtô seule.

Les lèvres serrées d'Irène s'entr'ouvrirent pour laisser échapper ces mots:

—De cette manière, je n'en veux pas…

—Oh! à votre gré! dit-il du même ton net et glacé. Mais ce n'est pas ainsi que se trouvera facilité le mariage riche et brillant rêvé par votre cervelle futile. Vous réfléchirez et me donnerez votre réponse demain.