—Eh bien! c'est fait, Dulby?

—Oui, Votre Excellence, elle est arrêtée. Mais elle était armée et a tiré un coup de revolver sur Mihacz qui est assez grièvement blessé, je le crains.

—Oh! pauvre garçon! s'écria Myrtô. Arpad, nous allons le voir?

—Pas vous, Myrtô, c'est assez d'émotions pour aujourd'hui. Restez bien tranquille ici, je reviens dans un moment, après avoir su ce que pense le docteur de cette blessure.

Dans la grande pièce où flottait un parfum léger elle demeura seule, et, fermant les yeux, elle essaya de revoir avec calme les affres par lesquelles elle venait de passer. Dieu l'avait exaucée, elle avait souffert une brève mais douloureuse agonie, et lui, son mari, lui dont elle avait dit un jour: "Son bonheur est mon bonheur", avait été épargné par la miséricorde divine.

Un hymne de reconnaissance s'élevait de l'âme de Myrtô, où le calme était revenu complet maintenant. Un peu penchée, les mains jointes, elle priait pour "lui", pour le pauvre homme frappé en accomplissant son devoir, pour la malheureuse criminelle qui l'avait tant fait souffrir…

Le prince Milcza entra en disant d'un ton joyeux:

—Allons, il n'y a rien de grave, rien absolument. Ce brave Mihacz sera sur pied dans quelques jours, et il y gagnera une augmentation de traitement qui sera fort bien accueillie par sa nombreuse famille.

Il s'assit près de sa femme et la baisa au front en disant avec émotion:

—Chassez maintenant tous ces vilains nuages qui ont tenté d'assombrir le premier jour de notre union, ma Myrtô. Vous continuerez à être pour moi la chère, la radieuse fée aux fleurs… car c'est par l'influence de vos vertus que le repentir, la foi et la charité, ces fleurs célestes, se sont épanouis dans l'âme autrefois révoltée et endurcie, dans la pauvre âme malade du prince Milcza.