Evitant la partie du jardin où tourbillonnaient les couples, le prince conduisit sa femme vers son appartement. Il la fit entrer dans son cabinet de travail, l'installa dans un fauteuil près de la fenêtre, sonna Miklos pour faire apporter du thé… Le calme revenait de plus en plus dans Myrtô, sous l'influence de cette affectueuse sollicitude, dans l'atmosphère tranquille de cette pièce immense meublée avec une somptuosité artistique et sévère, et ornée à profusion de fleurs admirables. Au-dessus du bureau de son mari, elle voyait le dernier tableau dû au pinceau de Christos Elyanni, celui qui le représentait avec sa femme et sa fille. D'accord avec Myrtô, le prince l'avait fait placer dans cette pièce où il se tiendrait souvent avec sa femme.

—De cette façon, puisque je n'ai pas eu le bonheur de connaître vos chers parents, je les aurai souvent sous les yeux, ainsi que vous, ma petite Myrtô, avait-il dit à sa fiancée.

Comme ils auraient été heureux du bonheur de leur enfant! Ce matin, Myrtô avait éprouvé une impression de tristesse en songeant à leur absence… Et maintenant encore, une larme brillait dans les yeux qui s'attachaient sur la tableau…

Mais une main saisit la sienne, une voix chaude, la chère voix qu'elle avait cru tout à l'heure ne plus entendre, murmura à son oreille:

—Ne pleurez pas, ma femme aimée, car aujourd'hui, ils sont heureux de notre bonheur, ils vous bénissent… ils nous bénissent, ma chère petite Myrtô.

Elle leva vers lui son regard rayonnant, où se reflétait si bien toujours l'âme pure, vaillante et tendre de Myrtô, et il murmura:

—J'aime vos yeux, Myrtô!… Vous rappelez-vous que notre petit Karoly disait ainsi?… Lui aussi avait été pris à la lumière de ces grands yeux…

Miklos entra, apportant le thé, il annonça que le garde Dulby était prêt à rendre compte de sa mission.

—Déjà! A la bonne heure!… Fais-le entrer, Miklos.

Le garde apparut, couvert de poussière, et s'avança de quelques pas au milieu de la pièce.