—Vous ne comprenez pas?… Je vous expliquerai cela plus tard, maintenant nous n'avons pas le temps. Marchons plus vite.
En peu de temps, elles arrivèrent près de la grande terrasse de marbre sur laquelle donnait le salon où se tenait habituellement la comtesse Zolanyi. Irène, tout en gravissant les degrés, s'écria:
—Mes cheveux sont un peu défaits, mais tant pis, je ne remonte pas!
J'ai soif et je vais vite me servir une tasse de…
Elle s'interrompit brusquement et s'arrêta net. Deux lévriers noirs apparaissaient au seuil du salon et s'élançaient vers elle…
—Ciel! le prince est là! murmura-t-elle d'une voix étouffée. Et justement nous sommes si en retard!… Et mes cheveux!…
—Redescends et cours vite à ta chambre, conseilla tout bas Terka.
—Pour le faire attendre davantage?… D'ailleurs il m'a vue certainement… Eh bien! où allez-vous, Myrtô? Venez, au contraire, vous détournerez peut-être un peu l'orage.
Myrtô entra à la suite de ses cousines… En face de la comtesse, le prince Milcza, vêtu de flanelle blanche et à demi enfoncé dans un fauteuil, feuilletait distraitement une revue. Il tourna vers les arrivantes ce regard sombre qui avait si bien effrayé Myrtô.
—Vos montres retardent par trop, comtesses, dit-il d'un ton glacé.
Il aperçut à ce moment Myrtô qui se dissimulait un peu derrière ses cousines et, se levant, il s'inclina pour la saluer.