—Oh! Karoly, comme c'est mal, cela! Vous n'êtes pas gentil du tout!
La nourrice interrompit son ouvrage et la regarda avec effarement, le petit Miklos demeura un instant bouche bée, et Karoly ouvrit de grands yeux en s'écriant:
—Mais, Myrtô, il n'y a que papa qui ait le droit de me gronder!… Et vous, vous êtes là pour m'amuser, pour me dire de belles histoires. Racontez-m'en une… Va-t'en, Miklos, je ne veux pas tu entendes!
—Laissez donc ce pauvre petit écouter, au contraire, cela le distraira, dit Myrtô touchée par l'air malheureux du petit garçon qui se levait pour s'éloigner.
—Non, non, je ne veux pas!… Va-t'en, Miklos! dit Karoly avec colère.
Myrtô posa sa main sur celle de l'enfant et le couvrit d'un regard de pénétrant reproche.
—Vous me faites beaucoup de peine, Karoly. C'est mal d'être si dur envers ce pauvre petit qui paraît si doux et qui doit vous être tellement dévoué. Vous offensez ainsi beaucoup ce bon Dieu qui nous a tant ordonné d'être bons les uns pour les autres.
—Le bon Dieu? dit rêveusement Karoly. Papa ne m'en parle jamais. Marsa me fait dire une petite prière, le Père Joaldy vient quelquefois s'asseoir près de moi et me parle du petit Jésus et de la Sainte Vierge. J'aime bien l'entendre… Mais il ne faut pas dire que je vous fais de la peine, Myrtô, fit-il en appuyant câlinement sa joue contre la main de la jeune fille.
—Si, je le dis, parce que c'est la vérité. Voyons, me promettez-vous d'être meilleur pour ce pauvre Miklos, mon petit Karoly?
L'enfant leva vers Myrtô ses grands yeux noirs semblables à ceux de son père et dit gravement: