—Vous êtes-vous bien amusée, Myrtô?

—Le devoir est rarement un amusement, répondit Myrtô avec froideur. J'ai été simplement heureuse de donner un peu de contentement à ce pauvre petit malade.

—Ah! si vous avez des instincts de soeur de charité, tant mieux pour vous! dit Irène. Ils ne seront pas de trop en la circonstance.

—Mais, Irène!… mais, Irène! s'écria la comtesse d'un ton mécontent.

—Eh bien! maman, qu'est-ce que je dis de si terrible? riposta la jeune fille. Myrtô ne tardera pas à s'apercevoir de la vérité de mes paroles, et peut-être sa belle sérénité ne durera-t-elle pas longtemps… Je vous crois un peu présomptueuse, Myrtô. Nous verrons si vous aurez même ma résistance…

Elle jeta un coup d'oeil autour d'elle, et, voyant que les domestiques étaient en ce moment éloignés, elle se pencha vers Myrtô.

—…Il y a deux ans, c'était sur moi que l'enfant avait jeté son dévolu. Il ne fallait pas que je le quitte de la journée, je devais me plier à tous ses caprices, rire lorsqu'il le voulait, demeurer à d'autres moments de longues heures inactive et immobile. Quand ma mère se prépara à partir pour passer comme de coutume l'hiver à Vienne, le prince déclara que je resterais à Voraczy, pour tenir compagnie à Karoly. Ce que j'ai pleuré en les voyant tous partir!… Mais il fallait paraître gaie devant l'enfant et devant son père, supporter sans broncher une perpétuelle contrainte, un ennui dévorant. Je tombai malade, le prince dut alors me renvoyer à Vienne. Mais il ne m'a jamais pardonné cela.

—Il est inutile de décourager d'avance Myrtô en lui racontant toutes ces choses, dit la comtesse d'un ton désapprobateur. D'ailleurs, elle est peut-être plus patiente que toi…

L'entrée d'un domestique fit changer la conversation… Myrtô, le déjeuner fini, se dirigea de nouveau vers le temple grec. Karoly l'accueillit avec les mêmes démonstrations de joie, et il fallut commencer aussitôt une grande partie d'une sorte de jeu d'oie qui passionnait l'enfant. Un troisième partenaire se joignit à lui et à Myrtô. C'était Miklos, le petit Hongrois, fils d'un ispan du prince, qui était attaché au service et à l'amusement de Karoly.

Myrtô s'aperçut alors que le petit prince n'était pas toujours l'enfant doux et facile qu'il s'était montré le matin. Fantasque et volontaire, facilement maussade, il était un vrai petit tyran pour Miklos, humble et soumis devant lui. Un moment, sans raison, sa main s'abattit sur le visage du petit serviteur. Myrtô s'écria vivement: