Emue de cette joie enfantine, elle s'assit près de lui, et, tendrement, caressa la petite tête qui s'appuyait contre son épaule. Le petit garçon, ravi, répétait:

—Je suis content!… je suis content!… Et vous avez une robe blanche! Je n'aime pas le noir, c'est vilain, c'est triste.

Il fallut que Myrtô lui racontât une histoire. Puis, fatigué, il s'endormit, appuyé contre la jeune fille. Celle-ci, n'osant faire un mouvement de crainte de l'éveiller, demeura inactive, en apparence du moins, car intérieurement, elle priait pour les âmes qui l'entouraient, pour ce pauvre petit être si fidèle dont la faiblesse et l'affection spontanée faisaient vibrer les instincts de tendresse maternelle très développés dans son coeur. Les petits enfants du patronage de Neuilly savaient ce qu'il y avait pour eux de douceur, de dévouement, d'aimable gaîté chez "la chère demoiselle Myrtô", et ce fils de prince, ce petit magnat l'avait deviné aussitôt dans le seul regard de Myrtô.

Karoly s'éveilla au moment où apparaissait le maître d'hôtel suivi de plusieurs domestiques portant une table et les éléments d'un couvert. Lorsque le temps était beau, le prince et son fils prenaient leur repas ici, ainsi que Karoly l'apprit à Myrtô.

—Et vous allez aussi déjeuner avec nous, Myrtô, dit l'enfant en lui prenant la main.

—Oh! mais non, mon chéri, cela ne se peut pas! dit-elle vivement. Je déjeune avec votre grand'mère et vos tantes…

—Si, si, je le veux! et papa le voudra aussi, si je lui demande.

—Voyons, soyez raisonnable, mon petit Karoly, dit doucement Myrtô. Je reviendrai aussitôt après, je vous le promets.

Elle s'éloigna, ne sachant trop si elle avait réussi à persuader l'enfant.

La comtesse et ses enfants se trouvaient déjà à table, lorsqu'elle entra dans la salle à manger. Irène, tout en l'enveloppant du coup d'oeil jaloux qui lui était coutumier envers cette trop jolie cousine, demande ironiquement: