Cette situation singulière était due sans doute à la lassitude qu'elle ressentait. Habituée à une vie active, faisant jusqu'ici chaque jour une promenade avec ses cousines, elle était extrêmement fatiguée par cette journée passée tout entière dans l'immobilité.

Demain, pourtant, ce serait la même chose. Le prince Milcza l'avait dit sans ambages: elle était destinée à amuser Karoly. Tant que l'enfant n'en serait pas las, elle devrait être à sa disposition, se plier à tous ses caprices.

Oui, elle avait compris nettement cela, ce soir, dans les paroles du prince… Et elle savait aussi qu'il lui était interdit de blâmer l'enfant, de lui adresser le moindre reproche.

—Je ne pourrai jamais! murmura-t-telle. Ce sera plus fort que moi…
Tant pis si le prince est mécontent!

Mais elle ne put retenir un petit frisson à la pensée de rencontrer ce sombre regard étincelant de colère.

En approchant du château, elle vit Terka qui longeait une pelouse, d'un pas hâtif. La jeune comtesse s'arrêta près de sa cousine et demanda à voix basse:

—Le prince Milcza est rentré au château, n'est-ce pas?

—Mais oui, je le crois.

—Bien… Je vais faire une exécution, Myrtô. Maman a retrouvé ce matin, au fond d'un chiffonnier, une miniature représentant la mère de Karoly. Tous ses portraits, sur l'ordre du prince, ont été détruits au moment du divorce. Je ne sais comment celui-là est demeuré… Je vais le jeter dans le petit lac, car si jamais il en apercevait un fragment!

—Montrez-le-moi, voulez-vous, Terka?