—Je n'ai pas l'habitude de prendre de café, prince.

—Quelle idée! fit-il d'un ton désapprobateur, Irène aussi prétendait ne pouvoir le souffrir, mais j'ai réussi à lui en faire prendre un peu l'habitude. Essayez donc aussi, Mademoiselle.

Myrtô, n'ayant pas de raison plausible pour motiver un refus, se leva et alla se verser un peu de café. Mais fallait-il donc penser que le prince Milcza avait la prétention d'imposer à ceux qui l'entouraient jusqu'à ses moindres goûts personnels.

Une fois son café bu, il mit l'enfant à terre et se leva en disant:

—Marche un peu, mon petit Karoly, je retourne au château mais je reviendrai tout à l'heure.

L'enfant, après quelques pas languissants autour de la chaise longue, vint se blottir entre les bras de Myrtô et demeura ainsi, tranquille et silencieux, jusqu'à sept heures, où apparut de nouveau son père.

—Marsa, prenez le prince Karoly… Mademoiselle Elyanni, vous êtes libre. A demain, n'est-ce pas? Karoly vous attendra avec impatience.

Et, sans attendre une réponse qu'il jugeait probablement superflue, le prince salua Myrtô et s'éloigna, suivi de Marsa portant l'enfant.

—A demain, Myrtô, dit Karoly en agitant ses petites mains. Je voulais que vous dîniez avec nous, mais papa ne veut pas.

Myrtô reprit lentement le chemin du château. Elle éprouvait ce soir une impression bizarre. Il lui semblait qu'un étau l'enserrait, ou que des liens impitoyables tentaient de paralyser ses mouvements.