—Vous demanderai-je de nous servir, Mademoiselle?

Décidément, la comtesse Zolanyi n'avait pas tort en disant à Myrtô que les mots empruntés au vocabulaire de la courtoisie mondaine prenaient, dans la bouche du prince Milcza, une signification impérieuse des plus marquées, qui ne laissait pas place au refus.

Tandis qu'elle s'approchait de la table, le prince se leva, et, se penchant sur la chaise longue, prit l'enfant entre ses bras. Il se mit à se promener de long en large, tenant pressé contre lui le petit être dont la tête retombait sur son épaule.

—Ah! papa, j'ai quelque chose à vous demander! dit tout à coup
Karoly. Est-ce que vous permettez à Myrtô de me gronder, quelquefois?

—Je ne le permets à personne… Mademoiselle Elyanni n'a à s'occuper que de te distraire et de t'amuser, le reste me regarde.

Ces mots tombèrent, nets et glacés, des lèvres du prince Arpad… Myrtô se détourna légèrement pour dérober la rougeur qui couvrait son visage et saisit la cafetière d'une main un peu frémissante.

—C'est dommage, elle gronde très bien, continua le petit garçon. Il paraît que j'ai été méchant pour Miklos. Vous ne me l'avez jamais dit, papa?

—Ne t'occupe pas de cela, et fais ce que tu voudras de Miklos, dit le prince d'un ton bref.

Il s'assit de nouveau et garda l'enfant sur ses genoux. Myrtô apporta le lait de Karoly, posa silencieusement sur une petite table près du prince un plateau garni, et reprit sa place et son ouvrage.

—Eh bien! vous ne vous êtes pas servie, Mademoiselle? dit-il au bout d'un moment.