—Vous lui direz mes raisons, ma cousine.

—Moi! Moi!… Pensez-vous que, pour complaire à vos scrupules exagérés, je vais m'exposer à son mécontentement! N'y comptez pas, mon enfant… oh! pas un instant! Il m'a dit très catégoriquement hier: "Je vous prie de remettre ceci à Mademoiselle Elyanni en remerciement de la distraction qu'elle donne à mon fils". Je l'ai fait, je suis en règle, le reste vous regarde. Faites-lui vos objections, si bon vous semble.

—Eh bien! oui, je le ferai! dit résolument Myrtô.

La comtesse la regarda avec un peu de stupeur.

—Auriez-vous vraiment ce courage? Je ne vous y engage pas, car, du moment qu'il a jugé opportun d'agir ainsi, il ne supportera pas que vous vous éleviez contre sa décision… En tout cas, prenez ceci, vous vous arrangerez ensuite comme vous le voudrez, mais ma responsabilité se trouvera dégagée.

Myrtô prit le porte-monnaie et, aussitôt dans sa chambre, le mit dans un tiroir de son bureau, il lui semblait que ce cuir souple et satiné lui brûlait les doigts… Ah! comme l'orgueilleux magnat avait su trouver le moyen d'infliger une humiliation à celle qui avait le tort impardonnable d'être trop aimée de son enfant! Comme il lui montrait nettement qu'elle n'était à ses yeux qu'une mercenaire, envers laquelle il était quitte en lui faisant remettre une grosse somme d'argent!

Oui, il était généreux… princièrement généreux, comme l'avait dit sa mère!

L'amour-propre blessé se soulevait dans l'âme de Myrtô, il couvrait son visage d'une rougeur brûlante…

Elle leva tout à coup les yeux vers le crucifix dont les bras s'étendaient au-dessus de son lit et murmura:

—Mon Dieu, pardonnez-moi, je ne suis qu'une orgueilleuse!… Et peut-être, après tout, n'avait-il pas l'intention que je lui prête. Il m'a traitée comme il l'eût fait pour Fraulein Rosa, par exemple. Jamais il n'a paru me considérer comme une parente… Mais, à cause même de l'affection que me porte ce pauvre petit Karoly, et que je lui rends si bien, je ne puis accepter d'être payée ainsi.