Et, le front haut, sans baisser les yeux devant ce sombre regard qui semblait vouloir l'anéantir, Myrtô s'éloigna d'un pas rapide, sans écouter la petite voix éplorée de Karoly qui appelait:
—Myrtô! oh! Myrtô!
Elle prit au hasard une allée du parc… Ses tempes battaient avec violence, l'indignation débordait encore de son coeur.
Il fallait vraiment qu'un sentiment tout-puissant—la charité d'un coeur chrétien, la compassion de son âme féminine pour cet enfant traité avec la dernière dureté—eût soudain tout dominé en elle pour que de telles paroles pussent s'échapper de ses lèvres, s'adressant au prince Milcza! Il avait raison, elle l'avait bravé!… lui qui savait faire courber tous les fronts.
Elle venait de se créer un impitoyable ennemi… Et un peu d'angoisse la serra au coeur en pensant qu'il allait la faire chasser de Voraczy, et interdirait vraisemblablement à sa mère de s'occuper de l'enfant audacieuse qui avait osé, seule de tous, le blâmer et le défier.
Mais elle ne regrettait pas cet acte, elle avait fait là son devoir.
Dieu serait toujours avec elle et pourvoirait à tous ses besoins.
Et, tout en marchant, elle priait, se remettant comme une enfant confiante entre les mains de la divine Providence, essayant de calmer l'agitation, l'anxiété de son âme.
Elle reprit bientôt le chemin du retour. Plus paisible, elle envisageait avec une courageuse résignation l'inévitable lendemain… car elle savait que l'orgueilleux prince Milcza ne lui pardonnerait jamais sa révolte.
Elle s'arrêta tout à coup avec un léger cri de surprise. A quelques pas d'elle, contre un arbre, était assis Miklos, la tête cachée entre ses mains, tout son petit corps secoué de sanglots.
—Qu'avez-vous, mon pauvre petit? s'écria-t-elle en s'avançant vivement et en se penchant vers lui.