Terka saisit vivement la feuille, tandis que, de l'âme de Myrtô pénétrée de tristesse chrétienne, s'élevait une prière pour la malheureuse qui avait déserté tous ses devoirs et qu'une mort épouvantable venait de saisir ainsi à l'improviste.

—Arpad le saura-t-il jamais? Il lit fort irrégulièrement les journaux, et personne ne s'aviserait ici de prononcer ce nom devant lui, fit observer la comtesse.

—Qu'il le sache ou non, je pense que cela n'a aucune importance, répliqua Irène. Ce n'est pas le prince Milcza, tel que nous le connaissons maintenant, qui aura jamais l'idée de se remarier!

CHAPITRE IX

L'épidémie s'était abattue sur un village environnant Voraczy, elle sévissait avec violence dans les demeures pauvres, souvent mal tenues, où les prescriptions hygiéniques des médecins demeuraient lettre close. Bien des cercueils, petits et grands, avaient déjà pris le chemin des cimetières, on comptait peu de maisons où l'un des membres de la famille n'eût été frappé par le fléau capricieux qui laissait parfois le plus faible, pour s'emparer d'un être vigoureux, qui épargnait un enfant pour atteindre la mère.

La quiétude était peu troublée à Voraczy. Le prince Milcza avait pris de telles mesures qu'il semblait impossible de conserver la moindre crainte. Les habitants de Voraczy étaient en quelque sorte prisonniers, tous les objets pénétrant dans le château, jusqu'à la moindre lettre, étaient soumis à une désinfection rigoureuse. Quiconque eût franchi les limites du parc eût été certain de ne plus remettre les pieds au château… Mais personne ne devait avoir le désir de s'y hasarder, personne ne pouvait songer à redouter la sécurité dont on jouissait à Voraczy.

Personne, sauf le Père Joaldy et Myrtô. Tant de souffrances si près d'eux rendaient pénibles à leurs âmes généreuses cette sécurité même. Mais le ministère du prêtre l'attachait au château, et Myrtô n'était pas libre de suivre les charitables désirs de son âme intrépide.

Karoly, depuis qu'il avait craint de la perdre, s'attachait passionnément à elle. Il avait peine, chaque après-midi, à la voir s'éloigner, il tentait de la retenir…

—Restez, restez, Myrtô! Papa ne se fâchera pas, je lui dirai que c'est moi qui vous ai demandée…

Mais elle n'avait aucune velléité de se retrouver en présence du prince Milcza, et elle manoeuvrait soigneusement pour ne pas risquer de le rencontrer en revenant vers le château.