Ses journées étaient maintenant plus remplies que jamais. Renat, ne pouvant plus visiter ni revoir ses petits amis, s'ennuyait fort et avait voulu reprendre ses leçons de violon. Les jeunes comtesses, également privées de leurs relations habituelles, mettaient Myrtô à contribution pour faire de la musique aussitôt qu'elle avait terminé sa tâche près de Karoly. Ces séances se prolongeaient le soir fort tard, Terka étant une musicienne passionnée, et Irène paraissant prendre un malveillant plaisir à imposer à sa cousine une obligation quelconque.

Myrtô, que le chagrin de la mort de sa mère avait déjà un peu anémiée, se sentait devenir chaque jour plus lasse, et aspirait toujours à l'heure où il lui était permis de prendre enfin un peu de repos.

Un soir, la séance de musique se prolongea plus tard qu'à l'ordinaire. Terka avait voulu jouer plusieurs sonates de Beethoven, Irène avait exécuté des morceaux modernes aux sonorités bizarres, qui avaient péniblement tendu les nerfs fatigués de Myrtô. La jeune fille, une fois montée dans sa chambre, fit sa prière et s'empressa de dénouer et de natter ses cheveux afin de se mettre au lit pour reposer sa tête endolorie.

Un coup fut tout à coup frappé à sa porte… C'était Thylda, le visage bouleversé…

—Mademoiselle!… oh! Mademoiselle; le petit prince!

—Quoi?… Qu'y a-t-il, Thylda? s'écria anxieusement Myrtô.

—Il est malade… On croit que c'est la mauvaise fièvre…

—Oh! mon Dieu!… Mais il n'avait absolument rien cet après-midi!

—Cela lui a pris il y a une heure, tout d'un coup… Et il vous appelle, mademoiselle Myrtô, il ne cesse de vous appeler. Son Excellence fait demander si vous voulez…

—Oui, j'y vais! dit-elle sans une seconde d'hésitation. Mon pauvre petit Karoly!