—Karoly vous demande, Mademoiselle. Aurez-vous le courage de risquer la contagion?
—Oui, prince, avec le secours de Dieu, dit-elle simplement en faisant quelques pas vers la porte de la chambre de l'enfant.
Un geste du docteur l'arrêta.
—Mademoiselle, vous devez savoir d'avance les conséquences possibles d'un tel acte. Cette maladie, lorsqu'on en réchappe, laisse des suites souvent terribles, elle défigure atrocement…
—Peu importe, dit Myrtô avec la même tranquille simplicité. Personne n'a besoin de moi sur la terre, personne ne souffrira si je meurs, ou si je demeure infirme… Et quant à mon visage, il est destiné à voir la mort, plus hideuse encore, s'emparer de lui. Ces considérations ne peuvent donc faire reculer une chrétienne, et je suis prête, docteur, à donner mes soins à l'enfant.
La comtesse fixait sur Myrtô des yeux stupéfiés. Ce tranquille héroïsme, ce détachement, cette insouciance d'un sort plus terrible que la mort pour les femmes fières de leur beauté, lui semblaient évidemment incompréhensibles.
Le vieux médecin considérait avec une admiration émue cette toute jeune créature dont la ravissante beauté était rendue plus touchante, ce soir, par cette coiffure enfantine, cette natte superbe aux reflets d'or qui tombait sur la robe noire qu'elle n'avait pu enlever dans sa précipitation.
Le prince enveloppa Myrtô d'un long regard et dit d'un ton net et froid:
—Je veux, Mademoiselle, que vous agissiez en toute liberté. Si vous craignez, retirez-vous, je le comprendrai, car les conséquences, telles que vient de vous les montrer le docteur Hedaï, sont terribles, à votre âge surtout… Et après tout, aucun devoir ne vous oblige…
—Je vous demande pardon, dit-elle tranquillement, je me trouve un devoir envers cet enfant qui m'aime, et qui me demande. Du reste, je vous le répète, je ne crains pas, je me soumets d'avance à la volonté de Dieu.