—Et pourquoi? Personne ne remplit mieux ses devoirs que vous.
—Mais c'est avec peine et à contre-cœur.
—Vous en méritez davantage.
—Personne ne peut savoir mieux que moi ce que je mérite; et je suis forcée de m'avouer qu'en me soumettant à tout, je ne mérite rien. Je suis lasse d'être une hypocrite; en faisant ce qui sauve les autres, je me déteste et je me damne. En un mot, madame, je ne connais de véritables religieuses que celles qui sont retenues ici par leur goût pour la retraite, et qui y resteraient quand elles n'auraient autour d'elles ni grilles, ni murailles qui les retinssent. Il s'en manque bien que je sois de ce nombre: mon corps est ici, mais mon cœur n'y est pas; il est au dehors: et s'il fallait opter entre la mort et la clôture perpétuelle, je ne balancerais pas à mourir. Voilà mes sentiments.
—Quoi! vous quitterez sans remords ce voile, ces vêtements qui vous ont consacrée à Jésus-Christ?
—Oui, madame, parce que je les ai pris sans réflexion et sans liberté...»
Je lui répondis avec bien de la modération, car ce n'était pas là ce que mon cœur me suggérait; il me disait: «Oh! que ne suis-je au moment où je pourrai les déchirer et les jeter loin de moi!...»
Cependant ma réponse l'atterra; elle pâlit, elle voulut encore parler; mais ses lèvres tremblaient; elle ne savait pas trop ce qu'elle avait encore à me dire. Je me promenais à grands pas dans ma cellule, et elle s'écriait:
«Ô mon Dieu! que diront nos sœurs? Ô Jésus, jetez sur elle un regard de pitié! Sœur Sainte-Suzanne!
—Madame.