Sous cet équipage, elle se promenait en long et en large dans ses appartements, comme un professeur du Collége royal qui attend des auditeurs. Elle affectait jusqu'à la physionomie sombre et réfléchie d'un savant qui médite. Mirzoza ne conserva pas longtemps ce sérieux forcé. Le sultan entra avec quelques-uns de ses courtisans, et fit une révérence profonde au nouveau philosophe, dont la gravité déconcerta celle de son auditoire, et fut à son tour déconcertée par les éclats de rire qu'elle avait excités.

«Madame, lui dit Mangogul, n'aviez-vous pas assez d'avantages du côté de l'esprit et de la figure, sans emprunter celui de la robe? Vos paroles auraient eu, sans elle, tout le poids que vous leur eussiez désiré.

—Il me paraît, seigneur, répondit Mirzoza, que vous ne la respectez guère, cette robe, et qu'un disciple doit plus d'égards à ce qui fait au moins la moitié du mérite de son maître.

—Je m'aperçois, répliqua le sultan, que vous avez déjà l'esprit et le ton de votre nouvel état. Je ne fais à présent nul doute que votre capacité ne réponde à la dignité de votre ajustement; et j'en attends la preuve avec impatience...

—Vous serez satisfait dans la minute,» répondit Mirzoza en s'asseyant au milieu d'un grand canapé.

Le sultan et les courtisans se placèrent autour d'elle; et elle commença:

«Les philosophes du Monoémugi, qui ont présidé à l'éducation de Votre Hautesse, ne l'ont-ils jamais entretenue de la nature de l'âme?

—Oh! très-souvent, répondit Mangogul; mais tous leurs systèmes n'ont abouti qu'à m'en donner des notions incertaines; et sans un sentiment intérieur qui semble me suggérer que c'est une substance différente de la matière, ou j'en aurais nié l'existence, ou je l'aurais confondue avec le corps. Entreprendriez-vous de nous débrouiller ce chaos?

—Je n'ai garde, reprit Mirzoza; et j'avoue que je ne suis pas plus avancée de ce côté-là que vos pédagogues. La seule différence qu'il y ait entre eux et moi, c'est que je suppose l'existence d'une substance différente de la matière, et qu'ils la tiennent pour démontrée. Mais cette substance, si elle existe, doit être nichée quelque part. Ne vous ont-ils pas encore débité là-dessus bien des extravagances?

—Non, dit Mangogul; tous convenaient assez généralement qu'elle réside dans la tête; et cette opinion m'a paru vraisemblable. C'est la tête qui pense, imagine, réfléchit, juge, dispose, ordonne; et l'on dit tous les jours d'un homme qui ne pense pas, qu'il n'a point de cervelle, ou qu'il manque de tête.