«—Reconnaissez l'Expérience, me répondit-il; c'est elle-même.»

«A peine m'eut-il fait cette courte réponse, que je vis l'Expérience approcher et les colonnes du portique des hypothèses chanceler, ses voûtes s'affaisser et son pavé s'entr'ouvrir sous nos pieds.

«—Fuyons, me dit encore Platon; fuyons; cet édifice n'a plus qu'un moment à durer.»

«A ces mots, il part; je le suis. Le colosse arrive, frappe le portique, il s'écroule avec un bruit effroyable, et je me réveille[55]

[55] Cette seule page du roman rachète bien, pour nous, quelques-unes des autres, et s'il fallait les autres pour faire lire celle-là, on a quelques raisons d'être indulgent.


—Ah! prince, s'écria Mirzoza, c'est à faire à vous de rêver. Je serais fort aise que vous eussiez passé une bonne nuit; mais à présent que je sais votre rêve, je serais bien fâchée que vous ne l'eussiez point eu.

—Madame, lui dit Mangogul, je connais des nuits mieux employées que celle de ce rêve qui vous plaît tant; et si j'avais été le maître de mon voyage, il y a toute apparence que, n'espérant point vous trouver dans la région des hypothèses, j'aurais tourné mes pas ailleurs. Je n'aurais point actuellement le mal de tête qui m'afflige, ou du moins j'aurais lieu de m'en consoler.

—Prince, lui répondit Mirzoza, il faut espérer que ce ne sera rien et qu'un ou deux essais de votre anneau vous en délivreront.

—Il faut voir,» dit Mangogul.