—Point de mauvaises plaisanteries, reprit Mirzoza. Je ne conclus pas seulement de la possibilité; je pars d'un fait, d'une expérience.

—Oui, continua Mangogul, d'un fait mutilé, d'une expérience isolée, tandis que j'ai pour moi une foule d'essais que vous connaissez bien; mais je ne veux point ajouter à votre humeur par une plus longue contradiction.

—Il est heureux, dit Mirzoza d'un ton chagrin, qu'au bout de deux heures vous vous lassiez de me persécuter.

—Si j'ai commis cette faute, répondit Mangogul, je vais tâcher de la réparer. Madame, je vous abandonne tous mes avantages passés; et si je rencontre dans la suite des épreuves qui me restent à tenter, une seule femme vraiment et constamment sage...

—Que ferez-vous? interrompit vivement Mirzoza...

—Je publierai, si vous voulez, que je suis enchanté de votre raisonnement sur la possibilité des femmes sages; j'accréditerai votre logique de tout mon pouvoir, et je vous donnerai mon château d'Amara, avec toutes les porcelaines de Saxe dont il est orné, sans en excepter le petit sapajou en émail et les autres colifichets précieux qui me viennent du cabinet de Mme de Vérue[58].

[58] Le cabinet et la bibliothèque de Mme de Verrue furent célèbres. La bibliothèque était surtout très-nombreuse et les livres aux armes de la comtesse sont encore assez recherchés.

—Prince, dit Mirzoza, je me contenterai des porcelaines, du château et du petit sapajou.

—Soit, répondit Mangogul; Sélim nous jugera. Je ne demande que quelque délai avant que d'interroger le bijou d'Églé. Il faut bien laisser à l'air de la cour et à la jalousie de son époux le temps d'opérer.»

Mirzoza accorda le mois à Mangogul; c'était la moitié plus qu'il ne demandait; et ils se séparèrent également remplis d'espérance. Tout Banza l'eût été de paris pour et contre, si la promesse du sultan se fût divulguée. Mais Sélim se tut, et Mangogul se mit clandestinement en devoir de gagner ou de perdre. Il sortait de l'appartement de la favorite, lorsqu'il l'entendit qui lui criait du fond de son cabinet: