«On avait placé vis-à-vis de ce buste celui d'un jeune homme[73]; c'était la modestie même: ses regards étaient tournés sur le vieillard avec une attention marquée: il avait aussi chanté la guerre et les combats; mais ce n'était pas les seuls sujets qui l'avaient occupé; car des bas-reliefs qui l'environnaient, le principal représentait d'un côté des laboureurs courbés sur leurs charrues, et travaillant à la culture des terres, et de l'autre, des bergers étendus sur l'herbe et jouant de la flûte entre leurs moutons et leurs chiens.

[73] Virgile.

«Le buste placé au-dessous du vieillard, et du même côté, avait le regard effaré[74]; il semblait suivre de l'œil quelque objet qui fuyait, et l'on avait représenté au-dessous une lyre jetée au hasard, des lauriers dispersés, des chars brisés et des chevaux fougueux échappés dans une vaste plaine.

[74] Pindare.

«Je vis, en face de celui-ci, un buste qui m'intéressa[75]; il me semble que je le vois encore; il avait l'air fin, le nez aquilin et pointu, le regard fixe et le ris malin. Les bas-reliefs dont on avait orné son piédestal étaient si chargés, que je ne finirais point si j'entreprenais de vous les décrire.

[75] Horace.

«Après en avoir examiné quelques autres, je me mis à interroger ma conductrice.

«Quel est celui-ci, lui demandai-je, qui porte la vérité sur ses lèvres et la probité sur son visage?

«—Ce fut, me dit-elle, l'ami et la victime de l'une et de l'autre. Il s'occupa, tant qu'il vécut, à rendre ses concitoyens éclairés et vertueux; et ses concitoyens ingrats lui ôtèrent la vie[76].

[76] Socrate.