«Eh! que voulez-vous que je lui demande? lui répondit Amine. C'est une femme noyée, qui ne peut rien pour elle-même. Vraiment elle vous saurait bon gré de la traiter encore comme une personne de conséquence. Allez, mon ami, le prince Cléandor et Mangogul ne feront jamais rien pour elle; et vous vous morfondriez dans les antichambres...

«—Mais, répondit le bramine, madame, il ne s'agit que d'une bagatelle, qui dépend directement de la marquise. Voici ce que c'est. Elle a fait construire un petit minaret dans son hôtel; c'est sans doute pour la Sala, ce qui suppose un iman; et c'est cette place que je demande...

«—Que dites-vous! reprit Amine. Un iman! vous n'y pensez pas; il ne faut à la marquise qu'un marabout qu'elle appellera de temps à autre lorsqu'il pleut, ou qu'on veut avoir fait la Sala, avant que de se mettre au lit: mais un iman logé, vêtu, nourri dans son hôtel, avec des appointements! cela ne va point à Bibicosa. Je connais ses affaires. La pauvre femme n'a pas six mille sequins de revenu; et vous prétendez qu'elle en donnera deux mille à un iman? Voilà-t-il pas qui est bien imaginé!...

«—De par Brama, j'en suis fâché, répliqua l'homme saint; car voyez-vous, si j'avais été son iman, je n'aurais pas tardé à lui devenir plus nécessaire: et quand on est là, il vous pleut de l'argent et des pensions. Tel que vous me voyez, je suis du Monomotapa, et je fais très-bien mon devoir...

«—Eh! mais, lui répondit Amine d'une voix entrecoupée, votre affaire n'est pourtant pas impossible. C'est dommage que le mérite dont vous parlez ne se présume pas...

«—On ne risque rien à s'employer pour les gens de mon pays, reprit l'homme du Monomotapa; voyez plutôt...»

«Il donna sur-le-champ à Amine la preuve complète d'un mérite si surprenant, que de ce moment vous perdîtes, à ses yeux, la moitié de ce qu'elle vous prisait. Ah! vivent les gens du Monomotapa!»

Alibeg et Nassès avaient la physionomie allongée, et se regardaient sans mot dire; mais, revenus de leur étonnement, ils s'embrassèrent; et jetant sur Amine un regard méprisant, ils coururent se prosterner aux pieds du sultan, et le remercier de les avoir détrompés de cette femme, et de leur avoir conservé la vie et l'amitié réciproque. Ils arrivèrent dans le moment que Mangogul, de retour chez la favorite, lui faisait l'histoire d'Amine. Mirzoza en rit, et n'en estima pas davantage les femmes de cour et les bramines.


CHAPITRE XLVI.