—Morte! reprit Zégris; on survit à d'autres accidents.
—Comment, s'écria Zelmaïde, en est-il un plus terrible que l'indiscrétion d'un bijou? il n'y a donc plus de milieu. Il faut ou renoncer à la galanterie, ou se résoudre à passer pour galante.
—En effet, dit Mirzoza, l'alternative est cruelle.
—Non, madame, non, reprit une autre; vous verrez que les femmes prendront leur parti. On laissera parler les bijoux tant qu'ils voudront, et l'on ira son train sans s'embarrasser du qu'en dira-t-on. Et qu'importe, après tout, que ce soit le bijou d'une femme ou son amant qui soit indiscret? en sait-on moins les choses?
—Tout bien considéré, continua une troisième, si les aventures d'une femme doivent être divulguées, il vaut mieux que ce soit par son bijou que par son amant.
—L'idée est singulière, dit la favorite...
—Et vraie, reprit celle qui l'avait hasardée; car prenez garde que pour l'ordinaire un amant est mécontent, avant que de devenir indiscret, et dès lors tenté de se venger en outrant les choses: au lieu qu'un bijou parle sans passion, et n'ajoute rien à la vérité.
—Pour moi, reprit Zelmaïde, je ne suis point de cet avis; c'est moins ici l'importance des dépositions qui perd le coupable, que la force du témoignage. Un amant qui déshonore par ses discours l'autel sur lequel il a sacrifié, est une espèce d'impie qui ne mérite aucune croyance: mais si l'autel élève la voix, que répondre?
—Que l'autel ne sait ce qu'il dit,» répliqua la seconde.
Monima rompit le silence qu'elle avait gardé jusque-là, pour dire d'un ton traîné et d'un air nonchalant: «Ah! que mon autel, puisque autel y a, parle ou se taise, je ne crains rien de ses discours.»