«—En vérité, monsieur, lui répondit Olympia, vous êtes étrange. Je vous proteste que ces dames n'ont nulle prétention à Gabalis; mais pour les tirer et sortir moi-même d'embarras, si vous me trouvez bonne, je tâcherai d'acquitter la lettre de change que vous tirez sur elles.» Sélim accepta l'offre. Olympia fit honneur à sa parole; et voilà, madame, ce que Sélim aurait dû vous apprendre.

—Je lui pardonne, dit la favorite; Olympia n'était pas assez bonne à connaître, pour que je lui fasse un procès de l'avoir oubliée. Je ne sais où vous allez déterrer ces femmes-là: en vérité, prince, vous avez toute la conduite d'un homme qui n'a nulle envie de perdre un château.

—Madame, il me semble que vous avez bien changé d'avis depuis quelques jours, lui répondit Mangogul: faites-moi la grâce de vous rappeler quel est le premier essai de ma bague que je vous proposai; et vous verrez qu'il n'a pas dépendu de moi de perdre plus tôt.

—Oui, reprit la sultane, je sais que vous m'avez juré que je serais exceptée du nombre des bijoux parlants, et que depuis ce temps vous ne vous êtes adressé qu'à des femmes décriées; à une Aminte, une Zobéide, une Thélis, une Zulique, dont la réputation était presque décidée.

—Je conviens, dit Mangogul, qu'il eût été ridicule de compter sur ces bijoux: mais, faute d'autres, il a bien fallu s'en tenir à ceux-là. Je vous l'ai déjà dit, et je vous le répète, la bonne compagnie en fait de bijoux est plus rare que vous ne pensez; et si vous ne vous déterminez à gagner vous-même....

—Moi, interrompit vivement Mirzoza! je n'aurai jamais de château de ma vie, si, pour en avoir un, il faut en venir là. Un bijou parlant! fi donc! cela est d'une indécence... Prince, en un mot, vous savez mes raisons; et c'est très-sérieusement que je vous réitère mes menaces.

—Mais, ou ne vous plaignez plus de mes essais, ou du moins indiquez-nous à qui vous prétendez que nous ayons recours; car je suis désespéré que cela ne finisse point. Des bijoux libertins, et puis quoi encore, des bijoux libertins, et toujours des bijoux libertins.

—J'ai grande confiance, répondit Mirzoza, dans le bijou d'Églé; et j'attends avec impatience la fin des quinze jours que vous m'avez demandés.

—Madame, reprit Mangogul, ils expirèrent hier; et tandis que Sélim vous faisait des contes de la vieille cour, j'apprenais du bijou d'Églé, que, grâce à la mauvaise humeur de Célébi, et aux assiduités d'Almanzor, sa maîtresse ne vous est bonne à rien.

—Ah! prince, que me dites-vous là? s'écria la favorite.