—Je dis, répondit la favorite, que Kermadès est un des maussades personnages du Congo; que l'intérêt et l'autorité des parents ont fait ce mariage-là, et que jamais époux n'ont été plus dépareillés que Kermadès et Zaïde.

—Eh! madame, reprit Mangogul, ce n'est pas son époux qu'elle aime...

—Et qui donc? demanda Mirzoza.

—C'est Zuleïman, répondit Mangogul.

—Adieu donc les porcelaines et le petit sapajou, ajouta la sultane.

—Ah! disait tout bas Mangogul, cette Zaïde m'a frappé; elle me suit; elle m'obsède; il faut absolument que je la revoie.»

Mirzoza l'interrompit par quelques questions auxquelles il répondit des monosyllabes. Il refusa un piquet qu'elle lui proposa, se plaignit d'un mal de tête qu'il n'avait point, se retira dans son appartement, se coucha sans souper, ce qui ne lui était arrivé de sa vie, et ne dormit point. Les charmes et la tendresse de Zaïde, les qualités et le bonheur de Zuleïman le tourmentèrent toute la nuit.

On pense bien qu'il n'eut aujourd'hui rien à faire de plus pressé que de retourner chez Zaïde: il sortit de son palais sans avoir fait demander des nouvelles de Mirzoza; il y manquait pour la première fois. Il trouva Zaïde dans le cabinet de la veille. Zuleïman y était avec elle. Il tenait les mains de sa maîtresse dans les siennes, et il avait les yeux fixés sur les siens: Zaïde, penchée sur ses genoux, lançait à Zuleïman des regards animés de la passion la plus vive. Ils gardèrent quelque temps cette situation; mais cédant au même instant à la violence de leurs désirs, ils se précipitèrent entre les bras l'un de l'autre, et se serrèrent fortement. Le silence profond qui, jusqu'alors, avait régné autour d'eux, fut troublé par leurs soupirs, le bruit de leurs baisers, et quelques mots inarticulés qui leur échappaient... «Vous m'aimez!...—Je vous adore!...—M'aimerez-vous toujours?...—Ah! le dernier soupir de ma vie sera pour Zaïde...»

Mangogul, accablé de tristesse, se renversa dans un fauteuil, et se mit la main sur les yeux. Il craignit de voir des choses qu'on imagine bien, et qui ne furent point... Après un silence de quelques moments: «Ah! cher et tendre amant, que ne vous ai-je toujours éprouvé tel que vous êtes à présent! dit Zaïde, je ne vous en aimerais pas moins, et je n'aurais aucun reproche à me faire... Mais tu pleures, cher Zuleïman. Viens, cher et tendre amant, viens, que j'essuie tes larmes... Zuleïman, vous baissez les yeux: qu'avez-vous? Regardez-moi donc... Viens, cher ami, viens, que je te console: colle tes lèvres sur ma bouche; inspire-moi ton âme; reçois la mienne: suspends... Ah! non... non...» Zaïde acheva son discours par un soupir violent, et se tut.

L'auteur africain nous apprend que cette scène frappa vivement Mangogul; qu'il fonda quelques espérances sur l'insuffisance de Zuleïman, et qu'il y eut des propositions secrètes portées de sa part à Zaïde qui les rejeta, et ne s'en fit point un mérite auprès de son amant.