—Mais, reprit le sultan, n'êtes-vous pas astrologue?

—Magnanime prince, répondit Codindo, je n'ai point cet honneur.

—Eh! que diable êtes-vous donc? lui répliqua le vieux mais bouillant Erguebzed.

—Aruspice!

—Oh! parbleu, je n'imaginais pas que vous en eussiez eu la pensée. Croyez-moi, seigneur Codindo, laissez manger en repos vos poulets, et prononcez sur le sort de mon fils, comme vous fîtes dernièrement sur le rhume de la perruche de ma femme.»

A l'instant Codindo tira de sa poche une loupe, prit l'oreille gauche de l'enfant, frotta ses yeux, tourna et retourna ses besicles, lorgna cette oreille, en fit autant du côté droit, et prononça: que le règne du jeune prince serait heureux s'il était long[11].

[11] L'enfance de Louis XV fut maladive.

«Je vous entends, reprit Erguebzed: mon fils exécutera les plus belles choses du monde, s'il en a le temps. Mais, morbleu, ce que je veux qu'on me dise, c'est s'il en aura le temps. Que m'importe à moi, lorsqu'il sera mort, qu'il eût été le plus grand prince du monde s'il eût vécu? Je vous appelle pour avoir l'horoscope de mon fils, et vous me faites son oraison funèbre.»

Codindo répondit au prince qu'il était fâché de n'en pas savoir davantage; mais qu'il suppliait Sa Hautesse de considérer que c'en était bien assez pour le peu de temps qu'il était devin. En effet, le moment d'auparavant qu'était Codindo?