—Que faire donc?...
—Que faire! Abandonner tout à la Providence, et rire, à mon exemple, du qu'en dira-t-on. J'ai tout tenté pour concilier la réputation et les plaisirs. Mais puisqu'il est dit qu'il faut renoncer à la réputation, conservons au moins les plaisirs. Nous étions uniques. Eh bien! ma chère, nous ressemblerons à cent mille autres; cela vous paraît-il donc si dur?
—Oui, sans doute, répliqua Zélide; il me paraît dur de ressembler à celles pour qui l'on avait affecté un mépris souverain. Pour éviter cette mortification, je m'enfuirais, je crois, au bout du monde.
—Partez, ma chère, continua Sophie; pour moi, je reste... Mais à propos, je vous conseille de vous pourvoir de quelque secret, pour empêcher votre bijou de babiller en route.
—En vérité, reprit Zélide, la plaisanterie est ici de bien mauvaise grâce; et votre intrépidité...
—Vous vous trompez, Zélide, il n'y a point d'intrépidité dans mon fait. Laisser prendre aux choses un train dont on ne peut les détourner, c'est résignation. Je vois qu'il faut être déshonorée; eh bien! déshonorée pour déshonorée, je m'épargnerai du moins de l'inquiétude le plus que je pourrai.
—Déshonorée! reprit Zélide, fondant en larmes; déshonorée! Quel coup! Je n'y puis résister... Ah, maudit bonze! c'est toi qui m'as perdue. J'aimais mon époux; j'étais née vertueuse; je l'aimerais encore, si tu n'avais abusé de ton ministère et de ma confiance. Déshonorée! chère Sophie...»
Elle ne put achever. Les sanglots lui coupèrent la parole; et elle tomba sur un canapé, presque désespérée. Zélide ne reprit l'usage de la voix que pour s'écrier douloureusement: «Ah! ma chère Sophie, j'en mourrai... Il faut que j'en meure. Non, je ne survivrai jamais à ma réputation...
—Mais, Zélide, ma chère Zélide, ne vous pressez pourtant pas de mourir: peut-être que... lui dit Sophie.
—Il n'y a peut-être qui tienne; il faut que j'en meure...