On préféra la honte à l'apoplexie. «On meurt de celle-ci,» disait-on. On renonça donc aux muselières; on laissa parler les bijoux, et personne n'en mourut.


CHAPITRE XXIII.

HUITIÈME ESSAI DE L'ANNEAU.

LES VAPEURS.

Il y eut un temps, comme on voit, que les femmes, craignant que leurs bijoux ne parlassent, étaient suffoquées, se mouraient: mais il en vint un autre, qu'elles se mirent au-dessus de cette frayeur, se défirent des muselières et n'eurent plus que des vapeurs.

La favorite avait, entre ses complaisantes, une fille singulière. Son humeur était charmante, quoique inégale. Elle changeait de visage dix fois par jour; mais quel que fût celui qu'elle prît, il plaisait. Unique dans sa mélancolie, ainsi que dans sa gaieté, il lui échappait, dans ses moments les plus extravagants, des propos d'un sens exquis; et il lui venait, dans les accès de sa tristesse, des extravagances très-réjouissantes.

Mirzoza s'était si bien faite à Callirhoé, c'était le nom de cette jeune folle, qu'elle ne pouvait presque s'en passer. Une fois que le sultan se plaignait à la favorite de je ne sais quoi d'inquiet et de froid qu'il lui remarquait:

«Prince, lui dit-elle, embarrassée de ses reproches, sans mes trois bêtes, mon serin, ma chartreuse[42] et Callirhoé, je ne vaux rien; et vous voyez bien que la dernière me manque...

[42] Chatte d'un gris-cendré.